L’approche des villages climato-intelligents : les communautés au cœur de la restauration au Sénégal, ETFRN, Juillet 2021

Auteurs : Diaminatou Sanogo, Moussa Sall, Baba Ansoumana Camara, Mouhamadou Diop, Marcel Badji et Halimatou Sadyane Ba

Organisation affiliée : ETFRN

Type de publication : Article

Date de publication : Juillet 2021

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* Les Wathinotes sont des extraits de publications choisies par WATHI et conformes aux documents originaux. Les rapports utilisés pour l’élaboration des Wathinotes sont sélectionnés par WATHI compte tenu de leur pertinence par rapport au contexte du pays. Toutes les Wathinotes renvoient aux publications originales et intégrales qui ne sont pas hébergées par le site de WATHI, et sont destinées à promouvoir la lecture de ces documents, fruit du travail de recherche d’universitaires et d’experts.


 

Une approche participative intégrée au-delà des domaines

L’approche des villages climato-intelligents favorise le développement participatif des pratiques de gestion des terres spécifiques au contexte, en tenant compte des aspects environnementaux (gestion durable des ressources, résilience des écosystèmes) et socio-économiques (organisation institutionnelle, autonomisation, sécurité alimentaire). Elle guide les actions nécessaires pour transformer les systèmes agricoles afin qu’ils assurent efficacement la sécurité alimentaire et soutiennent les moyens de subsistance dans un climat en changement.

Cela nécessite d’évaluer les conditions sociales, économiques et environnementales propres au site pour identifier les pratiques agricoles appropriées. L’objectif est d’augmenter durablement la productivité et les revenus agricoles, de renforcer la résilience des communautés et des écosystèmes et de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Une plateforme et un modèle de gouvernance innovants

En appliquant l’approche du village climato-intelligent, une plateforme d’innovation a été créée comme force motrice. Cela comprenait 194 agriculteurs (dont 110 femmes) de tous les niveaux sociaux de la communauté, ainsi que des techniciens, du personnel administratif, des élus, des chercheurs et des représentants d’associations. La plateforme est coordonnée par un comité de 17 membres, dont 6 femmes, avec des groupes à des fins spécifiques, comme la commission de transformation pour la promotion des produits forestiers non ligneux (notamment la transformation du fruit de baobab et la commercialisation de la poudre de fruit). Il existe également des groupements pour le maraîchage, l’agroforesterie, la régénération naturelle assistée par les agriculteurs, les pépinières d’arbres et la protection des zones sylvopastorales inter-villageoises.

L’approche des villages climato-intelligents favorise le développement participatif des pratiques de gestion des terres spécifiques au contexte, en tenant compte des aspects environnementaux (gestion durable des ressources, résilience des écosystèmes) et socio-économiques (organisation institutionnelle, autonomisation, sécurité alimentaire)

La plateforme d’innovation est reconnue comme l’organe de décision du village. Elle facilite l’échange et le partage d’informations, identifie et conduit le renforcement des capacités des producteurs. Elle transmet également les informations climatiques aux agriculteurs et facilite l’accès aux résultats des recherches, en particulier ceux liés aux semences et cultivars améliorés. La plateforme d’innovation a également contribué au développement d’activités génératrices de revenus et à l’accès au financement.

Renforcer la capacité d’adaptation

Chaque année depuis 2014, une formation à l’utilisation des services climatologiques est dispensée par un groupe de travail multidisciplinaire à Kaffrine. Pendant la saison des pluies, les informations climatiques sont envoyées par SMS à 11 membres de la plateforme, qui les relaient ensuite à tous les autres 194 membres, leur permettant de choisir les variétés les mieux adaptées et de réduire le besoin de réensemencer. De plus, les agriculteurs estiment que la prise en compte de ces informations leur permet de réduire la densité des mauvaises herbes et le temps nécessaire pour lutter contre elles.

La plateforme d’innovation est reconnue comme l’organe de décision du village. Elle facilite l’échange et le partage d’informations, identifie et conduit le renforcement des capacités des producteurs

Les petits exploitants agricoles ont également bénéficié du renforcement des capacités grâce à l’approche participative intégrée des services climatologiques pour l’agriculture, menée par l’ISRA, l’ICRAF et l’Agence Nationale de l’Aviation Civile et de la Météorologie. Cela a permis à 21 agriculteurs et 21 agricultrices des villages de Ngouye et Daga Birame de planifier leur production et d’autres activités de subsistance grâce à une meilleure compréhension des caractéristiques climatiques locales et à une analyse conjointe de leurs ressources et de leurs situations personnelles. Suite à la formation, les agriculteurs ont déclaré qu’ils gardaient désormais une trace de tout l’argent qu’ils dépensaient pour les activités de production.

Zones sylvopastorales inter-villages

Cette initiative résulte de l’exercice d’évaluation initial, qui a identifié la dégradation progressive de la végétation comme une cause majeure des risques accrus de vents violents, d’inondations, d’érosion des sols et de sécheresse. La communauté de Daga Birame a mis en place une gestion participative sur 128 hectares de terres communales en tant que zones sylvopastorales inter-villages, avec 47 hectares supplémentaires autour du village de Katre Sy. Ces zones fournissent du fourrage pour le bétail local et pour le bétail des bergers de passage, fournissant également des revenus supplémentaires et des avantages écologiques, socio-économiques et culturels durables.

Un comité d’une dizaine de personnes (hommes et femmes), officiellement reconnu et nommé par les autorités locales (communes, Eaux et Forêts et Préfet), fait appliquer les règles de gestion de ces espaces. La culture et la coupe du bois sont interdites dans ces zones, mais le pâturage est autorisé. Le succès de cette démarche repose sur la volonté d’agir ensemble, l’autodiscipline, l’implication des partenaires techniques et l’engagement des élus. Une régénération significative a été observée après seulement quatre ans (2014-17), révélant le potentiel de cette stratégie pour réhabiliter les terres dégradées au Sahel.

Impacts

Dans l’ensemble, les pratiques ont initié un processus de régénération sur 151 ha, et de stabilisation sur 867 ha, mais 150 ha (13%) des terres sont toujours confrontées à la dégradation. Il y a eu une augmentation significative de la densité des arbres et une réapparition d’animaux sauvages tels que la pintade, les perdrix, les singes et les phacochères. Les zones en régénération ont également conduit à une augmentation des disponibilités fourragères (de 50 à 100 charrettes) et de la production de fruits (de 10 kg à 500 kg de jujubes et de 150 kg à 3000 kg de baobabs). Une évaluation économique a confirmé la viabilité économique de ces zones nouvellement restaurées (VAN = 325 612 FCFA> 0, et TRI = 33%> 8%).